Il n’y a pas de journée vide : à partir de notre journée d’hier, écrire un texte composé de douze moments où il s’est produit quelque chose. Ça peut être une action qu’on a faite, une rencontre, un sentiment éprouvé, un désir, une inquiétude, un changement d’ambiance, une chose vue, etc. Ça peut être quelque chose d’infime, mais le raconter en fera un événement. Développer autant qu’on peut les réflexions ou images que cela entraîne en nous. Mettre ensuite ces douze temps dans l’ordre chronologique de la journée. Ensuite, ajouter deux moments supplémentaires, en les inventant. Puis les placer où bon nous semble dans le déroulement de la journée, parmi les autres.

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Depuis le confinement mes journées se ressemblent. J’ai des moments un peu difficiles, le fait de ne pas travailler, de rester chez moi, avoir des moments de peur, vers 10 h un coup de blues, en ce moment ma santé ne va pas trop bien, mon médecin que j’ai m’a appris de mauvaises nouvelles par rapport à ma greffe, cette semaine je ne pense qu’à ça, mon médecin m’a donné un livre, je ne lis que ça en ce moment douloureux, j’ai une grande angoisse, pourtant dans ce moment-là, j’appelle mon infirmière car elle me donne des conseils pour allez mieux. Donc je n’ai pas encore une date ! Donc pas de Noël pour moi. Cependant quand je vois les photos des enfants à ma sœur je ne baisse pas les bras.

Marcelline

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La journée d’hier à 5h du matin je me suis réveillée avec plein d’idées.

L’idée d’avoir le cours d’écriture sur l’application zoom.

Je déjeune tranquille, j’ai lu un peu puis je fais tourner le lave-linge en même temps je surveille l’heure.

9h je me prépare pour le cours, je mets l’application, rien qui s’annonce, je vois personne.

J’appelle le centre. Fatiha me répond en me disant qu’il y avait personne. J’envoie un message à Dominique qui me répond.

C’est vendredi, voila c’est la déprime totale.

J’ai pas bougé de la table pendant 2 h.

Je vais pour retirer le linge de la machine et un autre problème qui s’ajoute, elle essore plus le linge.

J’étais pas contente de ce pire problème.

À 15 h j’ai rendez-vous chez la kiné, elle me demande si ça va, je réponds oui.

Elle commence à me masser, elle me dit madame vous avez des nœuds vous êtes pas bien aujourd’hui je réponds ça va.

Heureusement c’est la fin.

Je pouvais pas parler, en rentrant j’ai consulté mon téléphone une amie qui m’a envoyé une vidéo de l’enterrement d’une amie qui m’a bouleversée.

J’ai dit ça sert à rien de se faire du mal.

La vie est très courte, j’ai réfléchi, est-ce que ça valait la peine d’avoir le stress qui m’a chamboulée ma journée. Voilà mon amie est décédée, a laissée derrière elle 5 enfants.

C’est la vie qui nous réserve des surprises, il faut profiter au maximum.

La journée du vendredi 11 décembre une grande surprise.

Le téléphone sonne c’est ma mère qui m’appelle, d’habitude c’est moi qui l’appelle, elle a demandé à sa petite fille qui m’appelle.

On s’appelle en facetime pour qu’elle me voie.

Elle était habillée tout en blanc, je lui dis tu es très belle maman. Elle me dit c’est le vendredi, je lui propose un café, on peut dit-elle, je réponds bien sûr je lui montre ma tasse de café elle rigole on me disait dans cette génération tout est possible.

Elle nous raconte une histoire vraie.

Pendant la guerre il y avait un marabout qui passe dans toutes les maisons du village, il s’arrête devant chez moi, et il dit ce n’est pas ça la guerre. La guerre quand on commence à parler à travers les files et qu’il n’y a plus de confiance entre les gens ni la sincérité et quand les gens rigolent avec hypocrisie.

Et les cœurs plein de haine.

Il me demande s’il peut passer la nuit chez moi, j’étais effrayée je lui dis non ce n’est pas possible mon mari n’est pas là et il est très loin.

En déplacement pour les vendanges.

Il me regarde avec un air gentil et me dit qu’il arrive sur le cheval blanc, tu peux préparer un repas et il dit à ma fille, et plein de cadeaux, j’ai dit à ma fille c’est impossible il y a plus 200 km, ce vieillard raconte n’importe quoi c’est impossible.

Malgré mes doutes j’ai demandé à mon beau-frère d’égorger un poulet et j’ai commencé à préparer le dîner, j’ai pas fini et j’entends ma fille crier fort c’est papa.

Le marabout assis sur les marches de la porte dit à ma fille c’est bien la surprise.

Le marabout s’élève, il remercie Dieu.

Il demande à mon mari l’hospitalité, il lui répond c’est moi l’invité.

J’étais très impressionnée de ce que m’a dit le marabout.

J’arrive à la maison derrière moi quelqu’un me dit bonjour je tourne la tête c’est mon fils, comment tu es venu, tu m’as pas dit que tu sors aujourd’hui.

20 minutes après les sœurs et les frères arrivent les neveux tout le monde est là.

Il est très content d’avoir toute la famille autour de lui c’est le chouchou de tout le monde.

Je paniquais j’ai rien préparé les filles se mettent à préparer le repas en 1h tout est prêt.

C’est la fête sans effort même la table était prête je m’attendais pas à tout ça.

C’est le bonheur d’être contente.

*

La journée du 10 décembre 2020. Réveil en douceur, petit déj, toilette, il est 9h10, vite j’appelle Mohamed avant le rush informatique pour avoir un conseil : Je dois montrer un diaporama sur la vie de François dans dix jours, il est monté mais je ne parviens pas à le mettre dans une forme compatible aux clés USB. C’est stressant d’autant plus que ce n’est pas à Lille que je dois le faire.

Mohamed capture mon écran, ses conseils me rassurent.

9h20, je convertis le film sans problème mais je réalise vingt minutes après que je n’ai pas pris le bon fichier, je m’en veux ? Je dois tout reclasser, ça me prend du temps.

11 heures, je sors la voiture pour porter à ma mère qui se repose huit jours dans une maison de retraite car elle a été hospitalisée ce week-end, elle a besoin de quelques bricoles et d’un peu de linge. A 102 ans va-t-elle-y rester ? Est-ce la dernière étape ? Sera-t-elle assez retapée pour rentrer chez elle ? Elle est isolée, Covid oblige ! Elle me raconte sa folle nuit, elle a eu besoin d’aide et a réalisé qu’elle n’avait pas de sonnette, elle s’est levée, a mis sa robe de chambre, est sortie dans le couloir et s’est avancée jusqu’à l’ascenseur sans voir personne, elle a pris sa canne, a tapé sur la porte métallique jusqu’à ce que quelqu’un l’entende…

12 heures, je fais un saut chez Aldi pour acheter des lingettes afin de désinfecter les poignées, les interrupteurs et les robinets. Evidemment je ne peux m’empêcher de prendre en même temps du chocolat. J’ai mauvaise conscience, un peu de culpabilité mais si peu…

En arrivant chez Maurice j’utilise mes lingettes : sentiment de satisfaction du devoir accompli d’autant plus que cela n’avait pas été fait depuis longtemps.

Nous mangeons un couscous vers midi et demi en regardant les mésanges et les moineaux se régaler, nous pouvons même observer en prime un rouge-gorge et un pinson. Merveilleuse émotion partagée bien que les tourterelles ne soient pas au rendez-vous. On mettra des graines sur la terrasse.

Joues rouges, nuque ardoisée, superbe bandes alaires blanches perdues dans des nuances de marron, le pinson m’emmène en haut d’un grand pin dont les branches ploient sous une belle couche de neige, de là-haut je vois deux rails creusés sur l’épais tapis blanc, j’entends crisser la glace et voit un couple de skieurs s’arrêter, se rapprocher, s’enlacer et se coucher sous les branches de mon arbre puis je ne vois plus rien.

Après le repas : une petite sieste. C’est bon d’être l’un près de l’autre. Je me demande comment faire pour envoyer le recueil de poèmes illustrés que j’ai préparé pour la petite fille de Maurice qui habite Alexandrie en Égypte. Je rêve qu’un ibis, celui des hiéroglyphes : tête, cou, queue et pattes noirs, tout le reste immaculé, attrape dans son grand bec recourbé le paquet pour l’apporter à Juliette.

On s’endort. Je me réveille en croyant que je suis chez moi ne comprenant pas pourquoi je vois une structure en bois.

15 heures : café vite pris avec un morceau de chocolat. Nous partons ensuite acheter un nouveau téléphone plus lisible pour ma mère qui utilise pour le moment mon vieux fax où les chiffres sont inscrits noirs sur noir.

Ça va vite, on peut donc aller acheter des scies japonaises chez Leroy Merlin qui se trouve à deux pas. Il n’en reste plus mais « il en reste au magasin de Villeneuve d’Ascq, à dix minutes d’ici ». On y va. On les trouve.

Arrêt sur image : à la sortie du magasin deux grands visages de femmes, aussi hauts que nous, décorent un mini jardin japonais. Visages aux expressions distinctes, aux traits fins et élégants. Il s’en dégage une impression de sérénité telle que nous en restons bouche bée. Nous nous en approchons pour réaliser qu’elles ne sont pas en bronze, ce sont des moulages de ciment peint.

Nous déposons le nouveau téléphone à la maison de retraite.

21 heures : documentaire somptueux sur la vie d’une panthère, images magnifiques qui me rappellent tous les moments passés en Afrique de l’est, en campant avec François et nos amis. La vie continue, je suis près de Maurice et nous regardons émerveillés cet animal évoluer dans la savane.

J’appelle ma mère pour savoir si elle est contente de son téléphone. C’est la seizième fois sans réponse. J’appelle ce matin la maison de retraite. C’est simplement parce qu’elle a mis le combiné à l’envers sur sa base et qu’il ne s’est pas chargé !

Martine

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– 5h50 l’aboiement du chien du voisin dans la rue me réveille. C’est rare qu’il le sorte si tôt. Peut-être fait-il des insomnies comme cela m’arrive aussi. Il a l’air sympathique, on pourrait en parler un jour. Mais il est très réservé et ne cherche jamais à engager la conversation. Toujours un bonjour avec un sourire et ça s’arrête là. Je me rendors à moitié, dans cet état de demi-sommeil où la réalité se mêle aux songes. Tout à coup, comme si le son particulier de cet aboiement me remontait à l’esprit, il me semble entendre celui de Milou, le chien de mon enfance, et être dans un autre lit, une autre chambre, impressions fugitive qui disparaît presque aussitôt, comme lorsqu’on a un mot sur le bout de la lange et qu’on l’oublie, ou un parfum qu’on sent tout à coup et qui disparaît avant qu’on ait su le définir.

Quelle plaie ce chien ! Si je m’étais rendu compte des soucis que ça occasionne, jamais au grand jamais je n’aurais accepté celui-là ! Il est moche comme un pou en plus. J’imagine quelqu’un qui aurait un pou comme animal de compagnie. Tiens, c’est curieux qu’elle me revienne, cette cette expression, « jamais au grand jamais », c‘est mon grand-père qui disait ça. Ça fait des lustres que je ne l’ai plus entendue. En plus on se les pèle dehors à cette heure-là ! Et vas-y vas-y, tire sur la laisse, toi, tu as l’air drôlement pressé. Tant mieux, plus tôt tu auras pissé plus tôt on sera rentrés. Ah, le voisin qui allume sa lumière. A chaque fois je me demande s’il se lève tôt ou si ce sont les aboiements de l’autre andouille qui le réveillent. Je dis il mais c’est peut-être elle, d’ailleurs, ou tous les deux. Moi, je me lève tard, normalement, j’aime faire la grasse mat, quand je peux ! Mais avec ce chien, pfff… Ca te fera une compagnie qu’ils avaient dit les enfants. Tu parles d’une compagnie. Bon, ça y est, tu as fini ? Allez hop, maison, et je me recouche ! 5h50 ! Un dimanche ! Non mais quelle plaie !

– 6h30, j’aime petit déjeuner seul, quand il fait encore nuit, en écoutant la radio tout bas, comme un murmure.

– 10h, par la fenêtre du jardin je vois le plaqueminier. Les kakis sont à présent orange mais leur peau conserve cette apparence duveteuse qu’elle perd à maturité. Chaque jour, les apercevant, me prend l’envie d’aller les cueillir. Je vais les tâter un peu, ils sont encore durs comme du bois. Déception. Ce n’est qu’à l’œil qu’ils ont l’air mûrs. A la main on dirait plutôt des objets que des fruits.

– à 11h je vais acheter du pain frais à la boulangerie du coin de la rue. Mais c’est fermé. A 11h ! Cette boulangerie, il est à peu près impossible de connaître ses horaires, qui ne sont pas non plus indiqués. En plus la patronne n’est pas aimable, et le pain coûte plus qu’il ne vaut. A chaque fois que je passe devant je me demande comment fait cette boulangerie pour tenir depuis apparemment des décennies alors que je n’ai jamais entendu personne en dire autre chose que : « c’est en dépannage ».

– A midi, au courrier, un ami écrivain m’envoie son livre qui vient de paraître. Son titre me ravit : Et puis prendre l’air. Ah oui, de l’air, de l’air, enfin ! Dans ces moments-là je cesse de pester contre notre facteur qui a la fâcheuse habitude, parfois, de distribuer le courrier – cette expression me vient à l’esprit – au petit bonheur la chance. Je m’aperçois que, quoique j’y mette de l’agacement, c’est une expression heureuse : le bonheur, la chance. C’est sans doute un reflet du plaisir de recevoir le livre, et surtout du signe d’amitié que cela représente.

– vers 14h, je ris en même temps que je suis ému en lisant une anecdote d’enfance, celle de la rédaction d’Alex, dans un livre de Robert Bober, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. Puis j’y repense au cours de la journée, et elle me fait sourire à chaque fois comme quand on a joué un bon tour.

– Il est aux alentours de 15h quand je vais à la bibliothèque de quartier. Comme c’est bon de pouvoir de nouveau y flâner entre les rayonnages au lieu d’être accueilli par un guichet à l’entrée, et de pouvoir y venir quand on veut et pas seulement quand un livre qu’on a réservé y est arrivé ! C’est un tout petit bout de liberté, comme si la porte du monde à nouveau s’entrouvrait.

Quand même, j’aime bien les gens, mais je préférais quand la médiathèque était fermée, on était plus tranquilles, on faisait du rangement, du tri, on réorganisait, toutes ces sortes de choses. Ça procure toujours le sentiment d’un nouveau départ, sur de meilleurs bases, quand on fait un bon ménage. On a la sensation que les choses vont aller mieux. Même ensuite, finalement, quand on a rouvert en accueillant les abonnés sur le pas de la porte, c’était pas mal. Il y en avait peu, qui ne fouillaient pas au pif, ils attendaient gentiment qu’on leur apporte le sac en papier kraft avec leurs documents réservés, et hop, l’affaire était faite. C’était carré. Mais là c’est de nouveau le binz. Justement, tiens, en vlà un, alors qu’on vient à peine d’ouvrir. Je le connais celui-là. Toujours il vient à l’ouverture. Réglé comme du papier à musique. Bonjour monsieur, oui oui, il fait frisquet, hein, c’est pour ça vous avez vu sur l’écran vidéo, là, au lieu des habituelles pubs pour des livres, on a mis un feu de bois virtuel, c’est bluffant, hein, rien qu’à le regarder ça réchauffe, alors pensez moi qui l’ai dans le dos toute la journée, enfin toute l’après-midi, mais je vous laisse aller farfouiller, profitez, tous les rayons sont rouverts, sauf la salle informatique au 2e, mais ça viendra, ça viendra…

– En milieu d’après-midi un ami m’appelle à l’improviste. Je me rends bien compte qu’il est idiot de préciser à l’improviste, c’est ce qui se passe en général, il est rare – quoique ça arrive – que quelqu’un nous prévienne qu’il va appeler. J’ai une amie qui, avant de m’appeler, m’envoie un petit sms pour me demander : « est-ce que je peux t’appeler ? ». Je trouve cela très délicat. Mais bref, c’est pourtant cette impression précise d’improviste que j’éprouve, de surprise. Un très fort sentiment d’inattendu, parce que cet ami, cela fait longtemps que je n’ai eu de ses nouvelles, bien cinq ou six mois, et je suis d’autant plus heureux de son coup de fil qu’il me sort de la morosité où je me trouvais à cet instant précis. Soudain, au beau milieu de la journée, le temps se trouve nettement divisé en avant et après, comme si j’avais jusque là grimpé avec peine le versant ombré d’une montagne et qu’à présent j’en descendais tranquillement le versant ensoleillé. En dehors du plaisir de notre conversation, c’est d’ailleurs cette image même qui me vient et me reste à l’esprit, en raccrochant, qu’il y a des événements dans la vie, grands ou petits, à la suite desquels on se dit qu’il y a un avant et un après – même si, parfois, l’après se remet à ressembler à l’avant.

– En fin de journée, je vais dans la buanderie à l’arrière du garage, où est aussi la chaudière, et comme à chaque fois que je sors le linge de la machine pour l’étendre, me frappe l’absurdité de cette maison dont la partie la mieux chauffée est celle où nous ne vivons pas. C’est le monde à l’envers ! Il y a toujours quelque chose qui ne va pas dans une maison.

– À la tombée de la nuit, vers 17h, je suis surpris. Je croyais avoir encore du temps devant moi. Ca n’a pourtant rien d’extraordinaire en hiver. Mais c’est comme un signe que me fait la saison, me disant que le temps presse, que la manie que je partage avec beaucoup de toujours remettre au lendemain des choses pourtant importantes à faire finira par me retomber dessus.

– Juste ensuite, je regarde ma « to do list », ma liste des choses à faire dans la journée, ou plutôt, vu l’heure, à avoir faites. Ca me désole à chaque fois : même quand je réduis la liste aux choses essentielles, à celles dont je me dis que celles-là au moins, à la fois je dois et je peux les faire, je n’arrive jamais, mais alors absolument jamais à venir à bout de ce que j’avais prévu. J’ai fini par écrire ces listes sur de tout petits papiers, pour que peu de choses y tiennent, mais comme un imbécile j’écris plus petit, de sorte que je ne suis pas plus avancé pour autant et que, quand bien même je ferais tenir ma liste quotidienne sur un timbre-poste, je sais que je n’en viendrais pas davantage à bout.

– A 20h, comme nous rentrons bien emmitouflés d’un petit tour dans le quartier, un homme nous interpelle très poliment. Quelqu’un qui demande une pièce ou son chemin ? Du tout : un journaliste, effectivement muni d’un appareil à enregistrer (dont j’ignore le nom) et d’un micro siglé RTL. Il cherche des réactions de passants après les annonces du premier ministre en matière de déconfinement et de couvre-feu. Les rues du quartier, surtout par ce froid et à cette heure-ci, sont pourtant presque désertes. Il doit habiter dans le coin, il est juste descendu en bas de chez lui récolter des avis dans l’urgence. C’est la première fois que nous répondons à un micro-trottoir. Je m’aperçois que, de but en banc, je n’exprime pas exactement ma pensée ni n’arrive à la formuler comme je le voudrais. En plus, avec le masque… C’est difficile d’imaginer que, peut-être, des bribes de nos réponses passeront à la radio, mais comme je n’écoute pas RTL, je ne le saurai jamais.

Ça a vraiment été une mauvaise idée de venir nous installer ici. L’idéal aurait été de pouvoir rester à Paris, mais c’était devenu trop compliqué. Et puis il faut bien vivre. Correspondant en province, qu’il m’a dit le rédac chef. Une promotion. Avec une augmentation à la clé, sans compter le coût de la vie qui est plus bas : vous allez êtres comme des rois. Total : je m’ennuie comme un rat ici, je suis parisien dans l’âme, moi, et puis Léa n’a pas retrouvé de boulot. Alors pour ce qui est d’un meilleur niveau de vie on repassera. Et voilà qu’il lui est venu à l’esprit, au rédac chef qu’un petit micro-trottoir dans nos régions, après l’annonce du déconfinement et du couvre-feu, ça fera très bien à l’antenne. Les réactions à chaud, comme on dit. Tu t’y colles, qu’il m’a fait, tu files sur la grand-place, tu me harponnes des passants et tu me les interroges vite fait bien fait, un petit montage indiquant la tendance générale, qui sera à râler, certainement, les gens râlent, les auditeurs aiment entendre à la radio des gens qui râlent, ça les conforte dans leur propre râlerie, bref, tu m’envoies ça fissa et on le passe. Non mais il s’imagine que ça se fait comme ça en claquant des doigts. Certainement que je me serait embêté à aller en centre ville, autant rester dans le quartier, au bas de chez moi c’est suffisant, après tout c’est de la radio, on ne verra pas la différence. Justement, tiens, je vois là un petit couple entre deux âges qui se promène bien tranquille, ceux-là ou d’autres, peu importe, ils vont me sortir les banalités habituelles, c’est ça que tout le monde attend, allons-y, bonsoir msieur-dame, excusez-moi de vous déranger, ça ne sera pas long…

– Il doit être aux environs de 23h quand j’entends une sorte de grattement dans le jardin. Je m’approche de la fenêtre. C’est la nuit complète, pas même un rayon de lune. Le temps que mes yeux s’habituent à l’obscurité, il me semble y distinguer une forme plus sombre encore, et qui se déplace. Dans ce jardin ne passent que des chats et des oiseaux. Mais là, c’est plus gros. Et voilà que la forme se rapproche, et soudain paraît bondir et je vois étinceler deux yeux, comme les billes de l’enfance, ces gros calots transparents qui valaient plus que les autres dans les jeux de billes mais qui étaient moins maniables à jouer. Le temps que cette image me frappe, l’ombre mouvante a disparu sans que j’aie su ce que c’était.

Dominique

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9h, je m’active, je me prépare, j’ai décidé de sortir malgré le temps gris, je me pousse, pas motivée.

10h30, la sonnette retentit. On vient me livrer un sapin de Noël, celui qui ne perd pas ses aiguilles, un Nordmann, d’avance je me réjouis de le décorer comme au temps où je le faisais avec mes deux enfants, le seau pour installer le tronc, les boîtes de boules, les longues guirlandes et l’odeur du sapin dans le salon.

11h, direction la poste, je sais d’avance qu’il va falloir piétiner devant la porte mais je suis obligée d’y aller, j’ai deux colis à expédier et compte-tenu des délais très longs je dois m’y prendre tôt ! ô miracle, aujourd’hui ça a été rapide.

Le postier qui s’occupe de moi à l’air fatigué je me dis qu’il doit avoir hâte de partir à la retraite et je compatis il semble comme usé.

J’engage la conversation, il semblerait qu’il y ait quelques soucis d’ordre technique, il doit composter mes courriers à la main avec des tampons, il tamponne et tamponne. Je lui demande pourquoi.

Il soupire, et d’un air résigné me dit « essayer de comprendre c’est déjà désobéir » j’aime bien la formule je lui demande d’où il la tient !

La file d’attente s’est allongée sur le trottoir et je plains le postier qui va devoir tamponner.

11h30, direction la pompe à essence et je réalise que j’ignore combien contient mon réservoir, la voiture est neuve, je me rends compte que c’est mon premier plein en trois mois, c’est dire si j’ai peu circulé.

11h45, Auchan, du monde sur le parking, moins dans le magasin, les rayons ont été réaménagés, trés aérés, enfin de l’espace pour circuler, je tombe direct sur les décorations de Noël. Je me fais violence pour ne pas acheter une énième babiole inutile en me disant que de toute façon cette année à quoi bon je serai seule pour passer le réveillon !

13h, tour des boutiques, sans aucun enthousiasme, je réalise qu’il n’y a pas de musique, pas de chants de Noël, aucune ambiance festive, d’habitude je me plains du niveau sonore, pour un peu j’en viendrais à le regretter, pas de petit papa Noël et autre mon sapin roi de la forêt.

13h15, direction magasin Sergent Major pour les cadeaux de mes petites nièces, il faut se remémorer comme d’habitude l’âge et les tailles, déballage, dépliage, mon regard est attiré par de ravissants petits bonnets et là je craque, j’imagine ma petite-fille coiffée de ce bonnet à oreilles pointues, passage en caisse.

13h45, au volant de ma voiture, sur France Culture une émission consacrée à Anne Sylvestre, curieuse je tends l’oreille, je me souviens avec émotion de ces cassettes et des chansons souvent écoutées, passées et repassées aux enfants dont je m’occupais quand j’étais éducatrice, j’ai aussi chanté ses chansons à mes enfants.

Le jour de l’annonce de son décès ma fille m’a envoyé un sms, émotion et nostalgie me traversent.

14h, retour au garage et je rentre à la maison.

Je vais chercher ma voiture au garage et je vois un voisin promener son chien dans l’impasse, nous ne nous connaissons pas, on se dit bonjour.

Je regarde autour de moi et constate que des poubelles semblent avoir été déversées, au gré du vent tout s’est dispersé, cela me contrarie et je le dis à haute voix, le promeneur m’entend et compatit, « vous avez raison si je m’écoutais je ramasserais bien tout », et de l’imaginer avec le balai à la main un chariot une pelle la casquette vissée sur la tête comme le garde champêtre de mon village !

15h30, j’installe une guirlande à led à la fenêtre de ma cuisine, j’y mets les piles achetées ce matin, ça égaye un peu, je trouve que le quartier manque de décorations, pourtant un peu de couleurs ferait le plus grand bien au moral.

16h, je pense à ma mère et à sa bûche, celle qu’elle faisait pour l’occasion, une génoise travaillée avec une crème au chocolat décorée joliment avec des champignons rouges et des drôles de petits lutins. Il serait grand temps que je me mette à la pâtisserie.

Bon sang ! cette porte toujours ouverte, d’ci que je prenne un courant d’air avant les fêtes, ce serait pas de bol !

Cette matinée n’en finit pas et toujours autant de monde et ce fichu problème technique ! en plus quelle idée j’ai eu de mettre ces chaussures neuves j’ai mal aux pieds, vivement ce soir ! vivement les vacances.

Laure

1/ Je dors sous un carport de bois, dans un coin de béton. Entre les piliers : des gens ; un drôle veut me voler ma paillasse. Paniquée, je bredouille : « Mon frère travaille chez Emmaüs, il vous en donnera. »

Sa compagne dit au type : « Laisse. ».

Cotonneuse, je sors de ce mauvais rêve. Je suis bien au chaud dans mon lit .Une bonne odeur de café flotte.

2/ Justement, un café et une tranche de pain d’épices plus tard, ma vieille veste et mes godillots enfilés, je peux prendre le départ de ma marche matinale, devant les jardins.

Mission quotidienne : ne pas croiser Roger gros verres, jamais masqué mais toujours la langue fielleuse, avec son chien idiot. Inspection rapide des environs avant la sortie, pas décidé, ne pas se retourner, ne pas faiblir : Roger est rapide le bougre. S’il vous repère il vous suit, il vous colle. Vous êtes englué. Ce jour, je lui échappe. Tu as perdu Roger.

3/ J’ouvre les volets sur l’aurore. Un moment agréable, le monde de dehors existe. Je le vois. Je vis.

4/ Je me demande si, cette année, nous allons faire soixante-dix kilomètres pour nous procurer le délicieux boudin blanc truffé de nos Noëls passés, nous recueillir sur la tombe de Mémé Paulette ?

Non. Le souvenir de l’aïeule et de sa charcuterie préférée reste simplement dans nos cœurs, avec plaisir.

5/ Un gros plouf dans l’appartement du dessus, je jubile. Monsieur Dubois reçoit ses sacs d’ordures indûment jetés. Les bornes d’apport volontaires se trouvent non loin de mes fenêtres. Presque chaque jour, une orgie de déchets s’amoncelle : entre ceux qui traînent des sacs bourrés au mauvais format, les entreprises qui se débarrassent, les gougnafiers qui déposent simplement leurs plastiques sur le pavé… le camion poubelle (s’il arrive à se garer) ne peut récupérer les bornes pour les vider.

Aussi, ce retour à l’envoyeur des ordures à leurs propriétaires, m’enchante.

6/ Qui dit Noël, dit cadeaux. Le net permet de choisir les nôtres, à l’abri. Cependant les commandes croissent, les moyens de livraison stagnent ou baissent. Alors la réception de nos colis dans des points-relais (d’origine ou de substitution) constitue un nouveau jeu de piste. Aujourd’hui, découvrons Citéliv Rue Première à Lille. C’est parti mon kiki.

7/ La voiture, c’est pratique ; la voiture pollue ; la voiture s’entretient ; la voiture coûte cher. La vidange au garage coûte 79 euros 90. Notre garagiste nous facture 139 euros 30. « Oui Monsieur. Vidange ET filtres »  insiste-t-l. Ouais, prends-moi pour un jambon, Pauluche, mécanicien autos durant 40 ans, a changé les filtres juste avant le rendez-vous.

8/ Ce midi, au courrier est arrivée une grande enveloppe rouge pétant, venue d’une région sudiste et destinée à Paul et Yvelise 5 Avenue de la Loire. Nous habitons une simple rue mais bon, cela donne l’impression d’une promotion. Super, Pierrette nous écrit. Et avoue, J’ai 85 ans… le plus dur est de l’accepter. Certes, mais qu’elle se porte bien est primordial pour nous.

9/ Nous vénérons la tartine fraîche croustillante de chaque jour. Hélas, la boulangère, bien vieille et fatiguée osons le constater, nous annonce ce vendredi que mardi prochain, dans 3 jours, la boutique ferme définitivement. Où trouverons-nous désormais notre pain quotidien ?

10/ A la télé, FR3 fête ses 70 ans d’actualités régionales en Nord-Pas-de-Calais. Lech Walesa à Lens, en 1981, occupe l’écran. Les franco-polonais prient avec lui sous un chapiteau, trop petit pour la foule, commente le journaliste.

Une avalanche d’images m’assaille. Feu ma marraine, grande brune plantureuse, épouse Ludwig mineur de fond, Henri mort dans un coup de grisou, Wudja Piotr (oncle Pierre) attaché à sa bouteille d’oxygène qui voulait se jeter dans la neige pour avoir du frais, un peu d’air… et je dis stop, NON, je ne serai pas engloutie sous le poids de ce monde disparu.

Je change de chaîne.

11/ Tranquillité dans mon gros gris fauteuil moelleux cet après-midi, je lis mon policier. Le temps file.

12/ La neige, à gros flocons, 80 centimètres de neige sur le sol du jardin. Je m’y jette allégrement Je nage dans la neige. Merveille des merveilles, blanche, belle, scintillante, crissante, immaculée. Je fonds de bonheur. J’emporte, dans un petit flacon, mon trésor de cristaux que je conserve précieusement au congélateur.

13/ C’est l’heure du panier « Too good, to go », ma traduction libre « Bien bon pour finir à la poubelle ». J’adore cette appli. Pour 3 euros 99 et à une heure donnée, vous récupérez les invendus du jour d’un commerce de bouche. Ce que nous n’aimons pas, nous le donnons aux voisins. Cela nous assure un ou deux repas. Pas de gaspillage, des économies substantielles, c’est notre Eldorado.

14/ Par mail enfin, un camarade m’assure « il n’y a pas de journée vide ». En effet, cahin caha, je compte, à peu près, 16060 jours où ma vie s’emplit de toi mon compagnon de route, le co-fondateur de notre petite famille si chère à mon cœur.

Demain, je vais ouvrir les volets. Juré, craché.

Yvelise

*

1. J’ai ouvert la fenêtre. Et je regarde les gens partir en voiture avec leurs enfants.

2. J’ai arrosé les plantes de chez moi. Ça me fait plaisir.

3. J’ouvre le calendrier de l’avant. Ça me fait du bien et je me dis c’est bientôt Noël.

4. L’infirmier vient me faire la piqûre. J’espère toujours que ça va être la fin

5. Des fois, je suis dans les nuages. Je rêve que le virus n’aurait pas existé dans la vie.

6. Quand j’ai fait mes anges, j’ai été contente de moi et je les offres à mes amies. Ça me fait grande joie.

7. Quand j’écris, je prends plaisir de raconter des histoires fantastiques.

8. J’aime bien de faire des contes de Noël ou de l’an pour faire plaisir à mes amies.

9. Des fois, je regarde la télé. J’ai les larmes qui coulent sur ma figure car je suis à fond dans le film.

10. Quand je mets du parfum, je voyage à travers lui dans ces arômes,de temps en temps.

11. Quand je sors de mon appartement, je crois m’évader dans un autre endroit imaginaire.

12. J’ai toujours rêvé d’avoir une maman, comme la maman de Brigitte. Qu’elle soit attentionnée avec ces enfants et les autres personnes.

*

1.Quand l’infirmier vient chez moi. Je suis contente de le voir car je peux parler à une personne, qui vient deux fois dans la journée.

2.Quand j’ai fini de manger, je m’évade dans mes rêves de fée et d’anges, je pars avec eux dans leurs mondes fantastiques et heureux. Quand j’ouvre mes yeux, je reviens dans la réalité de la vie.

Ma fée et mon ange étaient dans ma tête, ils se reposaient dans leur petite maison, dans leur pays de ma tête. Ils faisaient leur promenade dans leur jardin, ils travaillaient la terre ensemble. Même, ils se promenaient ensemble dans leur pays qui se trouvait dans ma tête.

Un jour, j’ai voulu les sortir de ma tête et les faire vivre sur un papier. En racontant une histoire avec mes personnages que j’aime de tout mon cœur. Ma fée et mon ange se promènent des fois dans mes histoires fantastiques.
Avec la fée Océane, et l’ange Arthur, il faut faire vivre. Océane voulait voyager autour de la terre avec Arthur. Mais Arthur avait un travail très très délicat sur terre car Arthur devait surveiller un petit bébé dans un berceau. Océane avait dit à Arthur qu’elle voulait partir dans une semaine. Arthur a dit oui, on part dans une semaine car mon travail sera fini et je serais en vacances pour beaucoup de temps. Océane était très très contente de faire le tour de la terre avec lui. Océane et Arthur allait faire de grand voyage ensemble. Ma fée Océane et mon ange Arthur étaient heureux de voir des merveilles sur terre et de très beaux paysages. Tous les deux prenaient des photos d’eux et des merveilles dans le monde  et après ils repartaient chez eux dans leur pays heureux.

Nathalie